En facebook-live à la Librairie Kléber, Samedi 13 juin 2020 à 15h
Participants : Guillaume Riedlin, Cyrielle Weisgerber, Jennifer Griffith
Nous sommes dans un semi après-coup d’une épidémie de coronavirus, ce qui vient provoquer une incontournable coupure. Alors qu’en est-il par rapport à ce couple à entrées multiples que constitue AMOUR et TRANSFERT ?
Nous nous retrouvons aujourd’hui pour faire retour à « mon livre » : Amour et Transfert qui a comme sous-titre, non négligeable : Amour de transfert et amour du transfert.
Introduire la parole, penser à la psychanalyse, n’est pas obligatoirement une mission de savant. Est-ce que la référence à la logique inconsciente ou à l’art du signifiant est de l’ordre des processus secondaires ?
S’est-on trop bercé dans la complexité théorique ? La question est double. L’analyste doit être capable d’épurer, voire d’apurer et d’autre part, il se doit de mettre sur le chantier une éternelle théorisation.
Je distingue théories et théorisation. Et ce d’autant plus qu’il faut savoir si entre l’un et l’autre se trouve branché un « parlêtre allongé » sur le divan.
La théorie dans la psychanalyse risque de s’endormir si le psychanalyste ne se réfère pas à la Règle Fondamentale[1]. Comment peut-on l’oublier ?
« Le discours ne s’associe pas à l’aventure… » disait Jacques Lacan[2]. Et voici que la confusion des registres apparaît à l’horizon.
Malgré la guerre (!), il faut nous pencher sur les questions de racisme et d’antisémitisme[1]. Je vois en effet que la guerre est un délire et pas seulement d’un seul[2] !
Nous, les enfants de « l’après-guerre », nous sommes confrontés à la guerre tout court… inside.
De plus les distances se rapprochent, la guerre est à nos portes européennes et on ne peut pas l’oublier. Plus facile de refouler ce qui se passe en Afrique, en Asie, voire en Chine où l’on ne se prive pas d’asservir jusqu’à des peuples entiers. Et que vient faire le psychanalyste de ces cascades de remaniement des signifiants et des signifiés ?
Comment mesure-t-on la trace de la cause analytique ?
Comment dire : As-tu « déraillé » par rapport à ton disque traumatique ?
As-tu senti cette amère coupure qui t’a clivé au sein de ton automatisme ?
Il y a peu de gens qui s’y frottent ; pourquoi ? Parce que – parfois – cela se rapproche trop du parfum du délire érotomaniaque.
Alors quel est ce courage qu’il faut pour aller y voir ?
Dans le lacanisme « premier épisode », il s’agit de se laisser aller… au SIGNIFIANT.
Mais qu’est-ce à dire ? Qu’un mot ne soit plus qu’un « maux » !
Intervention de Jean-Richard Freymann lors de la formation APERTURA « Les temps de l’inconscient » qui a eu lieu le 27 janvier 2017.
Le temps de l’inconscient et les temps de la psychanalyse sont des questions extrêmement difficiles. J’ai repris l’ensemble de mes notes et j’ai retrouvé un schéma sur lequel j’avais, à l’époque, essayé de figurer les différents temps que Lacan proposait sous forme de triptyque : l’instant du regard, le temps pour comprendre et le moment de conclure.
Le temps du regard a à voir, non pas seulement avec le temps de la fin des préliminaires, mais avec la question de la séduction.
Le temps pour comprendre, c’est le temps de l’analyse du transfert, c’est la mise en place des différentes formes de transfert.
Le moment de conclure est un moment qui pose la question de scansions un peu définitives, des terminaisons d’analyse, des fins d’analyse, c’est-à-dire les effets d’après-coup mais d’après- coup par rapport à l’analyse elle-même.
A l’attention de FEDEPSY Bresil
Strasbourg, le 16 juillet 2020
Chers amis,
Merci de nous avoir fait parvenir un condensé de vos activités analytiques qui ont eu lieu à Belo Horizonte et les perspectives qui se dessinent.
Nous nous sommes retrouvés autour de la question du désir de transmission depuis des années en articulant la FEDEPSY avec vos activités locales. Par ailleurs nos échanges ont aussi toujours concerné la question de la pratique par le biais des journées et de supervisions que j’ai contribué à opérer. Nous avions participé a un énorme congrès international sur « Psychopathologie et psychanalyse » coordonné par Marisa DECAT DE MOURA aujourd’hui hélas disparue.
Intervention de Jean-Richard Freymann lors de la formation APERTURA « Névrose : Transfert et demande » qui a eu lieu le 13 mars 2019.
L’hypothèse que je développe dans mon livre Les mécanismes psychiques de l’inconscient est la suivante : chacun est porteur de tous les mécanismes pulsionnels. Parmi ces mécanismes – le refoulement, l’idéalisation, la sublimation, la forclusion, le déni de la réalité etc. –, chaque être parlant a un mécanisme privilégié. Actuellement, le mécanisme « premier » n’est pas un mécanisme subjectif mais l’idéalisation collective : nous plaçons notre identité dans une appartenance à un groupe, mécanisme qui conduit à une sorte de binarité que l’on retrouve dans les institutions, endroit où la psychanalyse peut être évacuée. La psychanalyse est la seule « technè » qui permet de changer de mécanisme psychique comme prépondérant.
Intervention de Jean-Richard Freymann dans le cadre des Journées de la FDCMPP « Le malentendu comme espace de créativité » qui a eu lieu le 14 juin 2018.
Je dois tout d’abord vous remercier de m’avoir invité à parler à cette journée « Le malentendu, un espace de créativité ». J’en suis d’autant plus flatté que si j’ai adressé bien des jeunes patients au CMPP, je n’ai jamais souhaité y travailler. Et Dieu sait qu’à « la belle époque » les « luttes étaient ardentes et noires » à Strasbourg. Je me rappelle quelques échanges avec Jean-Pierre Bauer, Jean-Pierre Dreyfuss, Daniel Michel, Françoise Coret et bien d’autres qui posaient toujours des questions à propos de l’articulation entre le champ analytique, le champ institutionnel du CMPP et le travail à plusieurs voix des différentes spécialités. Avec la question insistante de savoir en quoi le directeur d’une institution vient à donner le diapason à ladite institution. Alors quelle place laisse-t-on à l’enfant entre les exigences de l’État, l’œcuménisme des soignants ? Comment entendre les malentendus fondamentaux ?
Ne confondons pas le traumatisme avec les irruptions du réel.
Est-on capable de transformer une irruption en un traumatisme freudien ?
Diantre ! Le traumatisme freudien serait-il différent du « trauma » dont on nous bassine les oreilles dans le médiatique et en médecine ?
Pourquoi préfère-t-on, sur la plupart des chaînes de télévision, mettre en premier des faits divers (ou d’été !), exhiber le plus meurtrier, le plus horrible avant même les nouvelles internationales qui nous annonceraient le risque de guerres ?
C’est une grande chance de se réveiller d’une certaine épreuve, dans un état tout à fait différent de celui dans lequel l’on était, ou de se retrouver libéré d’un certain fardeau. Il s’agit certainement d’une forme transformée de la traversée d’un fantasme.
C’est ce que j’ai retrouvé à notre réunion Zoom autour de « Fantasmes et mythes» du 15 mai 2020. Grande a été ma stupeur de croiser un moment de recueillement avec mes plus proches collègues et percutante a été cette rencontre où j’ai entendu chacun soutenir ses propres singularités tout en s’adjoignant à un « parcours de santé » qui sortait des nimbes de l’épidémie. À cette technique – exigeante pourtant – j’ai constaté à ma grande surprise que mes fantasmes de « leadership » m’avaient abandonné et que je découvrais dans cette solitude de la coexistence internet une « société de Maîtres » dont avaient parlé J. Lacan et M. Safouan… que chacun a pu soutenir son propre propos sans souci de ses voisins en « timbre-poste zoomesque » et pourtant si indispensable aux apports de chacun. Est-ce l’effet de la limitation de la durée de la parole, est-ce bien possible ? Oui, mais pas seulement. Chacun aussi se retrouve seul : « allein wie ein Stein », seul comme une pierre.