40ème jour de confinement, les chiffres continuent de s’égrener…. inlassablement ? Chacun explore son rapport au temps, à la solitude, au flou de la frontière entre pensées normales et pathologiques… Combien ont témoigné de l’étrangeté à certains moments de leurs pensées, de leurs ressentis…voire de leurs actes en ces temps confinés… À l’heure des discussions préparatoires à… quoi… au « déconfinement » ? … les débats reprennent de plus belle ; les dissensions, les divisions, les ambivalences sont perceptibles à plein jour (l’école, les vacances d’été, les restaurants et les bars…). C’est à croire qu’on se trouve plus disposé à accepter l’idée du confinement que celle de sa « levée ».
Persistent des applaudissements à 20h. Qu’est-ce qui pousse les gens à applaudir à 20h, à interrompre leur activité pour se mettre aux fenêtres, aux balcons, pour descendre dans la rue… à interrompre l’apéritif, décaler son dîner, retarder le journal du soir… retarder même l’heure de la traditionnelle d’allocution ?
Au décours des journées de l’EPS de juin 2022, cadre de prises de parole sur les effets du premier témoignage et vers le deuxième témoignage, je propose d’y revenir déjà un peu autrement.
Il y a le cheminement de l’analyse personnelle et de la supervision. Si la question de l’analyse personnelle rejoint « la découverte de l’inconscient freudien à partir de son expérience singulière » ce que nous propose Jean-Richard Freymann comme formulation pour le premier témoignage, la question de la supervision, ou de l’analyse de contrôle, me paraît avoir un rapport plus direct encore avec cet acheminement vers le devenir analyste. Dans ce transfert, dans le fait de se rendre en analyse de contrôle, d’y évoquer tel ou tel analysant, telle ou telle séance, d’y reprendre un cheminement de début de cure, un accroc, d’y saisir une surdité, il y a quelque chose qui se met à fonctionner permettant de se déprendre de l’angoisse – telle qu’elle peut émerger chez l’écoutant.
Il peut y avoir fort à penser du fait de ces circonstances exceptionnelles de confinement ; on observe en premier lieu les effets sur la pensée quand nous sommes face à la maladie et la mort, et les effets sur la pensée de ces restrictions auxquelles nous sommes tenus de nous soumettre. Changement de cadre, cadre de vie, cadre de travail. Limitations à nos mouvements et à nos échanges habituels. Émergence de nouveaux rituels, à nos fenêtres… de nouvelles habitudes, pour notre quotidien… de nouvelles modalités, pour notre pratique.
Il en faut des jours pour se faire à l’idée que ce que nous vivons est bien « réel », pour en prendre la mesure, pour ne pas avoir à se refaire à l’idée, chaque matin au réveil, et pour adapter nos conduites… à ce qui surgit là, on se heurte et on s’y fait avoir ;
À ce qui surgit là, n’essaie-t-on pas aussi de s’en déprendre, pas vraiment seul, avec quelques-uns, avec les truchements des liens sociaux ?