« Et l’humain alors apparaît comme étant ce qui reste, quelque peu en lambeaux, de l’arachnéen traversé par cette espèce de météorite aveugle qu’est la conscience »1.
Homme de réseau. Fernand Deligny se présente ainsi. Le réseau n’étant pas de projet mais de tissage, à l’instar de l’araignée qu’il aimait appeler de son nom ancien aragne. Car à partir du moment où la pensée d’un projet survient un faire advient qui tue dans l’œuf ou la toile tout procès de tissage. Pensée en contre-point de la psychanalyse. En contre-point seulement, pas opposition.
Éphéméride… Le mot évoque le rendez-vous suivant ? Ou le dernier ? Il me ramène au calendrier de l’Avant, chrétien, où l’on ouvrait chaque jour dans le mois qui précède la fête de la naissance du petit Jésus une petite porte qui faisait apparaître le numéro du jour et cela jusqu’Au jour de la libération des jouissances, angoisses et insatisfactions tant attendues. Se sentir plus aimé, moins aimé que les autres ? Mal aimé, toujours ! Ce texte ou un autre appartiendra-t-il à l’éphéméride de l’Avant de la Fédépsy ? De l’après ? Celui d’avant la fin de l’humain ? L’humanité, terrassée par un petit virus qui permet aux grandes institutions du monde de nous jouer une farce-tragique ?
Petit essai pour le séminaire de Corpo Freudiano (Paris) du 21 mars 2021
« Le temps de chaque jour est élastique. Les passions que nous ressentons le dilatent, celles que nous inspirons le rétrécissent et l’habitude remplit le reste1. »
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu
Article très court. Cite Saint-Léger (Xe) et surtout Montaigne (1538). Passion au sens de souffrance ; référence à la passion du Christ. Une première fois au XIIIe du latin de basse époque, passio et passionalis « qui a subi une souffrance physique ». Jusqu’au XVIe. Alors que les sens parallèles apparaissent à partir du XVe.
Sophocle écrit Œdipe dix ans après la peste d’Athènes. Son héros naît après une épidémie et va au-devant de sa tragédie sans savoir de quoi il retourne pour lui. Les oracles auront beau avoir annoncé quoi que ce soit, il ne peut comprendre quelque chose que dans l’après-coup, lorsqu’il a traversé les épreuves de sa destinée. C’est dans l’après-coup de sa rencontre avec son père et sa mère, selon son heure, qu’il réalise l’horreur et adhère à sa malédiction, au point de s’aveugler.
Shakespeare écrit Hamlet également dans un contexte de déliquescence d’un royaume. Son héros va au-devant de sa tragédie en sachant dès le départ de quoi elle est faite. Il rencontre le spectre de son père dont il apprend, dans le même temps, qu’il est mort, qui l’a tué et ce qu’il doit faire pour laver ce crime. Hamlet s’avance vers l’accomplissement de la vengeance qu’il doit relever en reculant, toujours en décalage avec son heure. C’est l’heure des autres et des événements qui le feront basculer in extremis dans l’acte qu’il doit accomplir et la mort. Il mesure dès le début l’implacable arrêt du destin. C’est la grande différence avec Œdipe1. Mais les deux sont encore dans la scène. Y sommes-nous toujours ?
« On aurait pu penser que l’homme était apparu à la manière d’un intermède dans le spectacle de la nature. Voilà qu’il décide d’être, à lui tout seul, tout le spectacle. »2
Se confinant à Lacan dans le confinement, auquel nous, enfants de l’édition des séminaires, avons la chance de pouvoir se colleter dans l’illusion de ne rien manquer de sa parole, la vie semble se donner comme un fil. Des réitérations, redites, répétitions. Les mêmes portes, avec le même gardien qui feraient frémir des héros kafkaïens nouveaux.3
Nous avons choisi d’appréhender la question de l’âge avancé, celui qui représente le dernier temps de la vie avant la mort. On l’appelle également vieillesse, grand âge ou bien encore âge avancé.
Les écrits ne manquent pas sur le sujet, les approches non plus, mais c’est la théorie psychanalytique qui a finalement retenu notre attention. Cela fait suite à une Rencontre.
Entre tous, nous avons donc entrepris d’étudier le livre de Charlotte Herfray, La vieillesse en analyse, publié la première fois en 1993 chez Desclée de Brouwer, puis réédité en 2007 chez érès dans la collection « Hypothèses », et plus récemment en novembre 2015.
Charlotte Herfray est Strasbourgeoise, psychanalyste ; elle a été enseignante et chercheuse à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, après un doctorat en psychologie et en sciences de l’éducation.
Relecture du numéro 6 (1972) de la Nouvelle revue de psychanalyse « Destins du cannibalisme » 1
Cannibalisme : action ou habitude pour les hommes ou les animaux de manger des êtres de leur propre espèce. (Dictionnaire Larousse en ligne)
D’un point de vue sociologique, le cannibalisme apparaît comme loin de nous, culturellement primitif peut-être même. Pourtant des traces de cannibalisme subsistent : l’anthropophagie comme moyen de survie, le fait d’avaler des liquides d’origine corporelle, l’anthropophagie criminelle, mais et surtout dans le discours sous forme de mythe, conte et trace. Le lien du cannibalisme avec l’oralité est évident dans sa forme d’incorporation, mais à travers cela, exprime quelque chose de la sexualité. Dans le numéro 6 de la Nouvelle revue de psychanalyse datant de 1972 et s’intitulant : « Destins du cannibalisme » plusieurs textes pourront servir de point de départ à une réflexion que nous amènerons sur le terrain du signifiant et de ce qu’il représente.
La fonction du bien
Rappel : du Souverain Bien à l’économie des biens
[256] La croyance des cathares était « qu’il y a une parole qui sauve, et le consolamentum n’était rien d’autre que la transmission de sujet à sujet de la bénédiction de cette parole […] L’ennui, c’est que, pour qu’une telle parole soit non pas efficace mais viable, il faut l’arracher au discours. Or rien de plus difficile que d’arracher la parole au discours1 ».
Pour avoir pris au sérieux (à la lettre) le discours chrétien et pour avoir mis leur foi en l’existence d’une parole salvatrice (l’Évangile, la bonne nouvelle), les cathares ont dû rendre des comptes aux tenants du discours (les ecclésiastiques) et ont été exterminés lors de la croisade des Albigeois au XIIIe siècle.