Chers collègues et amis,
Nous nous étions réunis autour d’un projet d’écriture, grâce à l’impulsion de Francis Hofstein venu nous solliciter avec enthousiasme pour rejoindre un groupe de travail en formation. Nous avons fait corps avec ce projet qui devait mettre la psychanalyse, ses enseignements, au cœur de la création d’un certain discours, comme effet d’une parole constituante.
De balbutiements en trébuchements, d’accords en désaccords, ce projet a bel et bien pris corps. Nous avons écrit dans une certaine adresse et il nous manquait l’accueil d’un lieu de l’Autre pour donner à cette impulsion toute sa portée symbolique, lui permettre un accordage comme effet de résonance et peut-être, un prolongement. À venir.
La Fédération Européenne de Psychanalyse, FEDEPSY, a accepté de se constituer comme lieu tiers pour notre projet en constitution, c’est une portée hautement symbolique, signifiante, qui nous offre désormais un ancrage et donne à notre impulsion toute sa valeur d’acte, à nos écrits une dimension de parole déposée.
À l’autre, dans son rapport à l’Autre chose de l’amour
« L’amour est toujours exilé comme le terme qui justement ne rendra pas compte de ce dont il s’agit. » François Perrier, Séminaire 1970-1971, L’Amour
Si Freud prétendait vouloir ébranler l’Achéron à défaut de pouvoir fléchir les dieux d’en haut, il ne le fait pas par les voies contemporaines du spiritisme et des « phénomènes psy ». Sa théorisation est au contraire une réduction rationaliste qui mène à la conception d’un désir humain limité, cerné d’un seuil posé par le principe de plaisir. Le désir n’est donc pas l’aspiration océanique, ni l’appel des infinis romantiques qui ne sont que constructions fantasmatiques ; son empan est prosaïque et court, mesuré par la contrainte vitale de l’homéostase biologique.
Claude Ottmann fait écho aux leçons des 9 et 16 mars 1976 et du 13 avril 1976 et du 11 mai 1976 dans le cadre du séminaire « Les apports de Lacan au champ psychanalytique » animé par Martine Chessari autour de la lecture de : Le Séminaire, Livre XXIII, le Sinthome (1975-1976).
« Ce qui est important, c’est le réel. » La manipulation de la chaîne borroméenne à trois ronds amène Lacan à modifier l’agencement RSI privilégié jusque-là et selon lequel le sens provient de la rencontre, de la copulation entre le symbolique et l’imaginaire. Or le changement d’orientation du rond bleu (celui du réel) produit à lui seul la disjonction en deux nœuds différents, alors que la seule permutation de couleur des ronds S et I ne révèle pas de différence nouvelle, pas de sens nouveau. Le réel serait-il pourvoyeur de sens ?
« À l’heure où les discours des politiques se réduisent à des slogans, favorisant les effets de suggestion et de déni du psychique, l’entreprise analytique soutenue par le désir de l’analyste trouve toute sa place. »
L’idée d’interroger les liens entre psychanalyse et politique était loin de mes interrogations sur ma pratique. Elle est apparue peu à peu pour devenir plus insistante à la suite de la rencontre avec une journaliste souhaitant avoir l’avis d’un « psy » concernant le rapport d’information enregistré à la Présidence de l’Assemblée Nationale le 18 septembre 2019 sur l’état de la psychiatrie en France. Le fait que les termes de psychanalyse ou d’inconscient n’ont été à aucun moment mentionnés dans ce rapport a encore accentué ma curiosité. Ce rapport qui m’est tombé en quelque sorte sous la main, suivi d’un autre, une tribune parue dans le Nouvel Observateur, « Pourquoi les psychanalystes doivent être exclus des tribunaux », suscitent spontanément il est vrai un mouvement de rejet méprisant ou des affects de colère, avec elle le rejet de la politique tout court qui ne serait que pouvoir administratif, technique de la vie collective. C’est la rencontre fortuite de textes au même moment, qui ont été pour moi l’occasion d’avancer sur la place de la politique dans la formation du sujet.