Lorsque tu m’as proposé de rédiger la Préface de ton livre, la première association d’idée qui m’est venue, et ce à propos de son titre, le premier « Einfall », pour rester fidèle à la langue de Freud, c’est le terme « Ubertragungsliebe », par lequel Freud caractérise le transfert. Les auteurs français l’ont traduit par « amour de transfert ».
En somme, là où Freud a eu recours à un mot composé, qui évoque une intrication, une connexion en apparence fixe entre ses deux composantes, l’amour et le transfert, ses traducteurs utilisent deux termes articulés au moyen de la préposition « de », indiquant autant la proximité de ces deux composantes que la possibilité de leur séparation – et ce probablement à leur insu.
Ce constat nous donne déjà à entendre que l’amour et le transfert ne sont pas deux termes équivalents ni interchangeables, mais qu’ils sont dans un rapport complexe, dont tu développes les multiples facettes.
La présentation a eu lieu le 29 juin 2020 à la Librairie Kléber (et en Facebook live), avec la présence de Jean-Richard Freymann, Marcel Ritter, Guillaume Riedlin et Cyrielle Weisgerber
GR : Bonjour à tous, on est heureux de se retrouver aujourd’hui à la Librairie Kléber pour discuter du dernier livre de Jean-Richard Freymann, Amour et Transfert, préfacé par Marcel Ritter. Je voudrais introduire les choses en commençant par parler du rapport à la transmission parce que nous avons ici deux personnages importants, deux psychanalystes importants, de la scène strasbourgeoise et française qui nous ont transmis ce que eux-mêmes avaient vécu autour de Jacques Lacan, Moustapha Safouan, Lucien Israël et, à travers eux, Sigmund Freud. Ce rapport à l’analyse, j’aime bien utiliser ce mot, c’est l’éthique du sujet, la liberté de chacun d’être au monde. Le discours analytique a parfois souffert à certaines époques où tout était bon à dire sous couvert de psychanalyse. Mais il y des gens qui ont continué à travailler, à remettre en cause la théorie, à amener les choses du côté de la clinique et du travail permanent.
JR : Cette forme de dialogue nous permet de photographier, pour ainsi dire, ce que nous faisons depuis des années. Il y a quelque chose d’important autour de la transmission intergénérationnelle, « ça se poursuit ». « Ça », c’est la question de l’inconscient. L’idée cartésienne est de tout reprendre. On reprend tout à partir de la question : « Qu’est-ce qu’on dirait si on redémarrait ? »
Présentation par Marcel Ritter du livre de Jean-Marie Jadin, La structure inconsciente de l’angoisse, Toulouse-Strasbourg, Arcanes-érès, 2017
Quelques remarques, en vrac, à propos de la pratique de l’analyse en ce temps de confinement.
Les prises de position sont variables. Certains ont fermé leur cabinet jusqu’à nouvel ordre. D’autres continuent de recevoir des analysants, mais dans le strict respect des recommandations concernant « les barrières ». D’autres encore ont opté pour la pratique des séances par le moyen de la vidéo ou par le téléphone.
Notons que lors des séances par vidéo, l’image du corps de l’autre est présente, autant celle de l’analysant que celle de l’analyste, alors que le corps réel est absent. Et lors des séances par téléphone, le corps de l’autre est absent en permanence, autant sur le plan de l’image que sur celui du réel.
La question se pose de savoir quelles peuvent être les conséquences de ces changements, certes temporaires, au niveau du transfert, mais aussi au niveau de l’écoute de l’analyste.
L’année 2025 commence tristement avec l’annonce du décès de Marcel Ritter (1935-2025), survenu le 4 janvier. Nous adressons nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Quelques collègues lui rendent hommage et rappellent son parcours.
« Jean-Richard Freymann nous invite à un grand périple à travers la clinique psychanalytique en empruntant un parcours bien balisé, jalonné d’arrêts à des points de vue soigneusement choisis qui se découvriront au fil de la lecture. Ces points de vue sont sans cesse articulés avec son expérience de psychanalyste, concernant en particulier le transfert, et accompagnés d’un certain nombre d’hypothèses dont chacune mérite d’être prise en considération. » M. Ritter
Repenser l’amour aujourd’hui est-ce un anachronisme ? Le rapport entre l’amour et le transfert reste une des questions centrales de la psychanalyse qui concerne aussi bien sa pratique que sa théorie. Sait-on que c’est par le biais du transfert analytique que résident la plupart des guérisons psychiques ? En effet, continuer à vivre c’est souvent la gageure d’un transfert dont les composantes mettent en lumière, « mehr Licht », l’inconscient et les mécanismes psychiques.
Dans ce troisième volet de son triptyque clinique – après L’inconscient pour quoi faire ? (Arcanes-érès, 2018), Les mécanismes psychiques de l’insconscient (Arcanes-érès, 2019) –, Jean-Richard Freymann met en chantier les rapports entre les différentes formes de l’amour et les portées inouïes du transfert sur le plan thérapeutique et sur le plan analytique.
Dans le monde contemporain, la dialectique amour et transfert prend de nouvelles formes singulières. Que peut-on faire aujourd’hui de la bisexualité fondamentale de l’être parlant ? Et comment comprendre chez les « psys » cet amour des formes de transfert ?
L’angoisse est un étau qui affecte le corps de haut en bas. Elle serre la gorge, étreint la poitrine, contracte l’estomac, paralyse les jambes. Celui qui l’éprouve n’a pas de mots et pas d’images pour en rendre compte. Elle est la plus universelle conjonction du corps et de l’esprit, ce qui interroge la philosophe et pose un des problèmes les plus ardus à la psychanalyse dans sa pratique et dans sa théorie.
L’expression « Entretiens préliminaires » peut induire en erreur. La qualification de « préliminaire » pourrait signifier qu’il s’agit d’une préparation à une autre chose considérée comme plus importante. Il n’en est rien. Au contraire, nous avons là le marchepied qui permet de pénétrer dans la cure analytique. C’est souvent l’échec ou le succès de ce premier temps qui va conditionner l’entrée dans le discours analytique.
A partir de son expérience de psychanalyste, Jean-Marie Jadin interroge les rapports de la pratique et de la théorie psychanalytiques avec les questions qui animent les philosophes depuis toujours, mais aussi avec celles inhérentes à d’autres domaines comme la linguistique, la physique, les mathématiques, la littérature, la poésie et le théâtre.