Un changement s’est produit dans la parole des patients. Je situe ce changement dans le sillage des annonces du Premier Ministre le 19 avril. Durant les premières semaines de confinement, s’exprimait une anxiété qui portait sur des questions personnelles (occuper son temps, vivre seul(e) ou à temps plein avec l’autre, avec les enfants, supporter les annulations des échéances professionnelles…). Certains disaient se vider de leur substance en l’absence de l’autre, se vivant d’abord comme partie d’un ensemble et perdant le sentiment d’une existence propre si cet ensemble disparaissait physiquement de leur paysage. Cet « ensemble » avait habituellement une fonction de tiers qui soutenait chaque jour le désir de se lever, de se porter au dehors et d’agir. Il avait aussi une fonction de tiers pour le couple confiné où commençait à s’émousser le goût de l’autre. La tension amoureuse se raréfiait si autrui n’était plus là pour la percevoir et la reconnaître.