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15/12/2009

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Jean-Richard Freymann[1] : Je suis ravi de recevoir Jean-Marie Jadin[2], un ami de trente ans. Je dois dire que Jean-Marie avant de travailler ensemble, j'avais déjà entendu parler de lui. C'était déjà une référence dans la région sur le plan théorique et il se trouve qu'on a travaillé ensemble dans un cartel qui était un cartel de choc autour de « L'éthique de la psychanalyse »[4]. C'était au moment de la dissolution. Jean-Marie a toujours été pour moi un spécialiste de « Das Ding »[5]. Il avait foré la question de la Chose de manière extraordinaire et vous trouvez ses textes dans les « Poinçon » de l'époque qui, puisqu'on est actuellement sur ces questions, vous permettent un accès très clair à tout ce que nous a amené en particulier Marcel Ritter la dernière fois avec en plus un certain nombre de clés humoristiques.

À côté des ouvrages que je vous avais cité la dernière fois avec Marcel Ritter et Jean-Pierre Dreyfuss « Qu'est-ce que l'inconscient 1,2,3,[6] et naturellement il fait partie de l'équipe qui a écrit « La jouissance au fil de l'enseignement de Lacan »[7].

Mais il est une spécificité dont je voulais dire un mot, il écrit en plus des ouvrages de « soi-disant vulgarisation ». Cela ne vulgarise pas vraiment, mais il dit les choses de manière claire et plaisante. Il y a en particulier « Côté divan et côté fauteuil »[8] et « Toutes les folies ne sont que des messages »[9] qui reprend une sorte de nosographie analytique tout à fait précise et je vous conseille de vous y reporter.

Je suis content que ce soit maintenant après que Marcel Ritter nous ait amené la résultante de tout un travail. Ce que j'avais envie de dire après le Talmud, c'était « Maintenant nous avons des réponses. Si quelques-uns pouvaient poser quelques questions ce serait pas mal » Aussi je voudrais juste essayer de poser quelques questions à partir de ce qu'on a entendu la dernière fois. Vous pouvez vous y reporter sur le site.

Il y a un certain nombre de choses qui sont « lacaniennement évidentes », et c'est dans cette montagne que j'aimerais bien essayer un peu de faire quelques trous pour se rappeler que finalement c'est un séminaire de recherche, et l'on aura tout intérêt à essayer de réouvrir un peu les choses.

La première question concerne la satisfaction de la pulsion et ce qui a à voir avec la pulsion tout court. Chez les lacaniens, et c'est logique, on trouve l'idée que la pulsion ne peut pas être pensée en-dehors de toute référence au sujet. Et d'autre part on est contraint de l'articuler d'emblée avec la question du langage. Donc on ne peut pas faire abstraction - je dirais lacaniennement parlant, freudiennement ce n'est peut-être pas tout à fait aussi simple de nouer la pulsion et la demande. Ça c'est une question qu'on va avoir à aborder du côté des pulsions de mort. Justement on a écrit « la pulsion de mort ». C'est quelque chose d'intéressant parce qu'avant que tu prennes la parole je voudrais dire quelques mots sur « La pulsion de mort »[10] de Lucien Israël. Au singulier ou au pluriel ?

Mais dans tout le modèle que l'on utilise autour de la pulsion, on se réfère toujours à une clinique des névroses. Et justement pour la pratique des gens, que ce soit avec l'enfant, que ce soit avec tout ce qu'on appelle psychopathies, tous ceux qui sont pris dans le primat de l'acte et non du verbe qu'en est-il de la logique de la pulsion ? Est-ce que ce n'est pas à cet endroit que cette question de la pulsion de mort est sollicitée en premier et pas tellement la question de la libido en tant que telle, et où en plus la question du nouage est problématique. Autrement dit ce n'est pas uniquement les questions de la pulsion de mort et de la libido qui sont en jeu mais n'y a-t-il pas différentes formes de nouage et d'intrications de ces pulsions ? Qui plus est dans par exemple ce qu'on appelait autrefois la psychopathie, qu'en est-il de ce nouage entre quelque chose qui serait de l'Eros et de Thanatos ?

Parce que la question qui se pose, et ça Lacan dans une ère pré-analytique, dans « Les sœurs Papin »[11] et du côté de sa thèse » Le cas Aimée »[12] va poser ces questions sur les pulsions meurtrières de manière radicale. Est-ce que, par exemple, dans le délire et dans l'acte, on peut considérer un primat des pulsions agressives sous le volet des pulsions de mort ?

Par ailleurs on évoque souvent la perméabilité à la demande de l'Autre qui permet de penser tout ce système concernant la question des pulsions avec les articulations avec la demande, le désir, le fantasme, etc. Mais qu'en est-il quand cette perméabilité du sujet est problématique à la demande de l'Autre, au langage et dans le rapport à cette jouissance de l'Autre ?

Deuxième point : l'histoire, oh combien compliquée, de la fonction de l'objet dans la satisfaction de la pulsion. On y est revenu à plusieurs reprises sur le caractère répétitif du fonctionnement de cette pulsion qui tourne autour de l'objet et où le mécanisme se répète. Pour Freud le but de la pulsion c'est sa satisfaction, Befriedigung, mais n'y a-t-il pas différentes formes de satisfaction ?

L'autre point c'est cette histoire de jouissance absolue qui pose tout de même de plus en plus de problèmes parce que la question de « jouissance absolue ». En interrogeant sur l'histoire de jouissance absolue on tombe sur une autre notion analogique, c'est la question du principe de Nirvana, ce principe selon lequel il s'agit de la réduction de toute excitation qui revient à zéro. C'est d'après Freud - et là je me tourne vers Jean-Marie - une des bases des tendances de la pulsion de mort. Comment articuler les choses du côté de la pulsion de mort et ce principe de Nirvana ?

J'ai été très sensible à ce qu'a dit Ferdinand l'autre jour, cette idée qui partait du fait que « l'organe ne tient pas le coup quant à l'appel de la jouissance, il cède toujours prématurément ». Ce sont des choses qui vous ont beaucoup parlé et qui nécessitent d'être repensées en regard de la question de la répétition.

Mais la grosse question est la reprise de « L'au-delà du principe de plaisir »[13]. Il s'agit du texte de Freud où l'on suppose ce qu'il en est du rapport à la jouissance, une des bases du penser sur la question de l'au-delà du principe de plaisir, autrement dit sur la question de la jouissance. Lacan l'a repris à différentes reprises de différentes manières. On pourrait même dire que cela constitue une des bases du début de son enseignement.

Je voudrais rajouter un mot. Oubliez tout ce que je viens de dire car je voudrais vous donner un tout petit bout d'une autre approche qui me semble intéressante parce que néanmoins s'appuyant sur la lecture de Freud. C'est celle de Lucien Israël et de ce qu'il disait sur la pulsion de mort[14]. Dans ce livre le point qui me semble central et je t'interrogerais là-dessus ou peut-être Ferdinand, c'est son étude extrêmement précise de la question de la Schadenfreude. C'est un point extraordinaire.

« Que se passerait-il par exemple si devant vous, mettons que je devienne subitement fou ? … Jusqu'où peut bien mener le fantasme de poignarder son voisin ? … Les animaux font-ils la guerre ? … Ce plaisir qu'il y a à voir crever les autres. »

Tout en affirmant, et c'est une belle question, que l'agressivité n'a rien à voir avec la pulsion de mort.

Ce que j'avais remarqué à l'époque où j'avais travaillé le texte d'Israël c'est que les lectures qu'il va faire ne sont pas tout à fait des lectures lacaniennes. C'est une lecture qui se rapproche beaucoup des lectures de François Perrier concernant la lecture des différentes pulsions. Il oppose la pulsion de vie et la pulsion de mort et il dit :

« Ça c'est la pulsion de vie. La pulsion de vie, c'est véhiculer la survie, la perpétuité de l'espèce, la perpétuation et la pulsion de mort c'est justement cette tendance à se débarrasser de cette pulsion de vie. La mort n'a pas besoin de pulsion pour rappliquer. »

Allez, Jean-Marie, à toi.

Jean-Marie Jadin[2] : D'abord bonjour tout le monde.

Merci d'être là. Merci à Jean-Richard de me donner une fois de plus l'occasion de satisfaire mon masochisme secondaire ou primaire, par voie sublimée sans doute puisqu'il m'a amené à réfléchir à une question que je n'avais jamais travaillée et qui m'attirait pourtant tel un soleil noir, depuis ma thèse de médecine sur l'idée de mort il y a quarante ans, et de façon térébrante depuis la rédaction, il y a deux ans, des chapitres qui m'étaient impartis dans notre collectif sur « La jouissance au fil de l'enseignement de Lacan »[15].

Nous y avons en effet découvert une apparente disparité entre les conceptions que se faisaient Freud et Lacan de la pulsion de mort. Pour Freud, il s'agit avant tout d'une poussée à retourner à l'inanimé qui précède la vie, tandis que Lacan y souligne surtout une sorte de volonté de recréation à partir de rien, ex nihilo. Que pouvons-nous faire de cette différence ? Une synthèse est-elle pensable et pertinente au-delà de cet apparent désaccord ?

Je me suis aussi souvenu d'une question de Lacan soulignée par Jean-Richard à l'époque où nous séminarions ensemble : que deviennent les pulsions après une psychanalyse, et plus précisément chez quelqu'un qui a fait l'expérience d'une traversée du fantasme fondamental ? Si ça a un sens. Il faudrait encore voir ce qu'est « traverser ». Marcel Ritter a terminé son exposé de la dernière fois avec cette question en disant qu'elle restait ouverte. J'essaierai de mettre un peu la tête dans cette ouverture. Ces « Propos sur la pulsion de mort » me donneront enfin l'occasion d'affronter les épouvantables sœurs siamoises que sont la pulsion de mort et la jouissance. Marcel Ritter a traversé de façon remarquable cet exercice de chirurgie réparatrice. Mon obsession du ravaudage me conduira parfois sur les mêmes sentiers. J'ajoute que je n'ai, hélas, pas eu l'occasion de lire le travail de Ferdinand Scherrer[3] sur le même sujet et je le regrette.

La vie est aussi bizarre que certaines séances d'analyse. Parfois on peut y lire des boucles quasiment miraculeuses où la fin - je ne suis pas encore à la fin j'espère - reprend étrangement le début où s'opère comme un retour à l'état antérieur. Dans ces concepts de pulsion de mort et de jouissance, je retrouve parfois des préoccupations théoriques très anciennes, en particulier « Le temps logique »[16] de Lacan et les pathologies de l'agir si pleines de la question de la jouissance.

Lorsque vous lisez la première page du chapitre III de « L'au-delà du principe de plaisir »[17] qui, comme vous le savez, est le texte fondateur de sa spéculation sur la pulsion de mort, vous découvrirez qu'il situe son nouveau binôme pulsionnel - pulsion de mort, pulsion de vie - dans un troisième temps de son œuvre, plus exactement dans un troisième temps de sa conception de la technique analytique. Au premier temps, à la première époque, il s'agissait pour l'analyste de deviner l'inconscient du sujet et de simplement lui livrer cette divination avec une interprétation digne d'un voyant. Le principe de plaisir régnait alors sans partage dans l'inconscient, au contraire du moi conscient qui s'y opposait. Les pulsions subissaient la même subdivision : il y avait les pulsions sexuelles et les pulsions du moi.

Cette technique de la divination s'étant révélée insuffisamment efficace sur le plan thérapeutique, Freud avait en un second temps ajouté la nécessité d'une confirmation par le moi conscient du sujet de l'interprétation proposée par l'analyste. Ce fut sa technique avec l'Homme-aux-loups. Il élabora dans cette phase l'idée qu'une partie sinon la totalité des pulsions du moi était sexuelle elle aussi. Il y eut alors les pulsions du moi et les pulsions tournées vers l'objet, les deux étant de nature libidinale. Une libido du moi s'opposait à une libido d'objet. C'était un face à face sexualisé. Le principe de plaisir, flanqué de son codicille du principe de réalité, sortit de l'inconscient et devint ubiquitaire.

Obtenir la conviction du sujet de cette façon-là s'avéra rapidement impossible. D'où l'avènement du troisième temps. Freud découvrit qu'il fallait que l'analysant répète, revive, actualise dans le présent du transfert le passé qu'il avait refoulé. La répétition se substituait à la simple remémoration. Cette répétition conduisit Freud à sa troisième opposition pulsionnelle, celle de la pulsion de vie et de la pulsion de mort que nous examinons aujourd'hui. Le principe de plaisir avait maintenant quelque chose au-delà de lui.

Nous pouvons inscrire cette histoire des pulsions dans la dialectique du temps logique de Lacan dont le schéma L constitue la forme fixée. La divination du premier temps est celle d'un grand Autre non barré, parfaitement sachant, qui aurait accès au-delà du mur du langage courant à une sorte de pré-sujet opaque à lui-même. Il devinerait les pulsions sexuelles au-delà de celles du moi. Cette divination a rencontré au deuxième temps le mur désormais infranchissable de la relation de réciprocité des deux moi (a a' sur le schéma L de la page 53 des « Écrits »).

Le troisième temps se passe de part et d'autre de cet obstacle imaginaire. Cette fois-ci un sujet divisé par ce qu'il répète sans le savoir est en relation avec un Autre barré lui-même pris dans cette répétition.

Cette dialectique corrobore à sa façon la relation évoquée par Marcel Ritter entre la pulsion, quelle qu'elle soit, entre le pulsionnel et le grand Autre dont l'analyste occupe en principe la place. Cette dialectique, où chaque pas est causé par une faille du pas précédent, signifie que le grand Autre ne jouit pas du sujet, c'est-à-dire n'y satisfait pas la pulsion considérée par Lacan comme inscrite dans les signifiants inconscients de sa demande. C'est un autre éclairage de la formule de la pulsion $◊D qui signifie que le sujet est en fading devant les signifiants de la demande du grand Autre, comme Marcel l'a dit.

C'est donc la répétition qui conduit Freud à une révision de sa « mythologie » pulsionnelle, selon le terme qu'il utilise dans ses « Nouvelles conférences sur la psychanalyse »[18] de 1932. Conformément à ce titre d'« Au-delà du principe de plaisir »[19], c'est avec le principe de plaisir qu'il commence son chemin. Après un petit rappel sur ce principe de plaisir qu'il a longtemps considéré comme fondamental dans le fonctionnement psychique et qui consiste à maintenir aussi bas que possible la quantité d'excitation qui parvient à l'appareil psychique, en tenant compte bien sûr de ce qu'il faut garder en réserve pour faire face aux exigences de la réalité, il fait part d'une constatation irréfragable : la plupart des processus psychiques ne s'accompagnent pas de plaisir. On n'a pas beaucoup de plaisir au fond dans la vie. Voilà ce qu'il dit, mais dans une toute petite phrase. Qu'est-ce qui peut bien inhiber le principe de plaisir ? Il y a d'abord le principe de réalité, évoqué à l'instant pour faire face aux exigences de la vie, et qui nécessite d'ajourner le plaisir. Ce n'est pas l'essentiel puisqu'il est lui-même au service du principe de plaisir. Il y a ensuite les incompatibilités des pulsions les unes avec les autres dans leurs revendications, et surtout le clivage entre l'ensemble de ces pulsions et le moi. De là résulte que les satisfactions substitutives des pulsions à travers les symptômes sont ressenties comme des déplaisirs et non pas des plaisirs. Freud ne précise pas de quelles revendications pulsionnelles il s'agit, mais nous pouvons subodorer qu'il pense à celles des pulsions partielles.

JRF : Tu sais que tu es le premier qui pose clairement la question du symptôme par rapport à la satisfaction des pulsions. C'est important que le mot symptôme figure là du côté de la question de la satisfaction.

JMJ : Donc Freud nous ouvre ici une piste pour concevoir l'allègement du déplaisir : dissoudre autant que faire se peut la puissance du moi ou la revendication du moi. Quant au conflit entre les pulsions partielles, la clinique, la clinique à laquelle j'ai eu à faire, nous montre que la même dissolution du moi l'atténue également. Elles se bagarrent moins entre elles. On peut y revenir.

Le plus grand des obstacles au plaisir, ajoute Freud, provient des excès dans les perceptions, qu'il s'agisse des perceptions des dangers venus de l'extérieur ou des perceptions des pulsions provenant de l'intérieur corporel.

C'est ainsi qu'il aborde la compulsion de répétition (Wiederholungszwang) inhérente à la vie onirique des névroses traumatiques survenant après un accident. Les rêves nocturnes replacent répétitivement le sujet dans la situation pathogène. Ceci s'oppose à la fonction habituelle du rêve qui est de réaliser un désir. Une remarque de Freud nous intéresse ici dans notre projet de jeter un pont entre Freud et Lacan. Freud note que le facteur surprise, l'effroi (Schreck), est essentiel dans le déterminisme de la névrose traumatique. L'angoisse par contre (Angst), caractérisée par l'attente du danger, qui prépare le sujet, est une projection efficace contre l'effroi. Cette idée-là rejoint tout à fait l'affirmation de Lacan que l'angoisse est une barrière contre la jouissance. Vous allez me dire que l'effroi n'est pas la jouissance. Il me semble qu'elles sont pourtant très proches. Dans les deux cas, il y a un arrivage excessif de quantités d'excitation. Pour moi c'est ça qui est fondamental dans la jouissance, il y a un excès de quantité. La jouissance est un excès de quantités, qu'elles proviennent de l'extérieur sous la forme de spots clignotants et aveuglants, du beuglement assourdissant du hard rock, du rocher qui s'approche à toute allure sous l'élastique vertical qui se détend, ou de l'intérieur comme effet des pulsions endogènes, qu'on peut quelquefois deviner à l'œuvre dans un cynisme chronique irrépressible, une dérision qui balaye tout sans arrêt, une ironie subintrante. C'est une maladie très fréquente chez les intellectuels. Ça vient du surmoi certes, mais tout de même, pour moi, c'est la pulsion de mort qu'on entend là. On pourrait dire que la jouissance est comme un effroi. Il se peut que Lacan ait pêché son idée d'une angoisse protectrice contre la jouissance dans l'« Au-delà du principe de plaisir »[20]. Il se peut qu'il y ait simplement une convergence de deux systèmes théoriques cliniquement justes. Safouan est plus radical à ce sujet : pour lui l'au-delà du principe de plaisir est la jouissance. Il le dit en toutes lettres dans ses conférences[21]. Je ne suis pas sûr qu'il ait raison dans cette équation. La jouissance me paraît être l'effet des pulsions endogènes et des effrois externes. Elle n'est peut-être pas la pulsion elle-même. Dans le système de pensée de Freud et de Lacan, la pulsion de mort, qu'on peut certes nier, est conçue comme cause et non pas comme effet. Un sujet qui a toujours vécu dans l'agir (acting-out et passage à l'acte) et qui rejoint la névrose ordinaire en passant par l'angoisse, ne diminue pas son pulsionnel, mais l'oriente ailleurs que vers la seule jouissance comme satisfaction.

Après l'évocation de la névrose traumatique, Freud aborde le célébrissime jeu de fort-da observé chez son petit-fils.

Ferdinand Scherrer[3] : J'ajouterais juste quelque chose par rapport à l'effroi. Ce que l'effroi produit qu'on ne rencontre pas dans l'angoisse, et pas dans la peur non plus parce que Freud distingue peur, angoisse et effroi, dans l'effroi, ce qui se produit c'est l'évanouissement du sujet, le fading complet du sujet. Le sujet sidéré par l'effroi, c'est un sujet qui s'absente de lui-même.

JMJ : Oui, mais alors il faut considérer que la compulsion de répétition à laquelle il fait allusion dans l'« Au-delà… »[22] implique un tel évanouissement du sujet or il ne me semble pas qu'il parle d'une absence du sujet. Il parle de l'effroi comme facteur essentiel dans la survenue de la compulsion de répétition dans la névrose traumatique.

FS : La compulsion de répétition a pour objet, et c'est le cas dans le rêve, de reconstituer quelque chose qui a été, disons, altéré par l'effroi et c'est cette reconstitution-là qui ne marche pas. Et c'est pour ça en fin de compte que le sujet se réveille. Il se réveille, et alors là je rajoute comme dirait Lacan, parce que le rêve échoue et il se réveille pour continuer à rêver.

JMJ : Je reprends. Avec une bobine de fil, l'enfant met en scène la disparition et la réapparition d'un symbole de la mère. Freud note que le premier acte, celui de la disparition est souvent joué tout seul, bien plus souvent que l'épisode entier avec le retour de la bobine et le plaisir qui l'accompagne. Il y décèle cependant un désir. C'est ça qui est particulier. Si on le lit attentivement, dans la névrose traumatique et dans le jeu du fort-da, il voit tout de même un désir à l'œuvre. Mais c'est après le troisième exemple qu'il revient sur les deux premiers pour dire que non, au fond, il y a quelque chose au-delà du principe de plaisir. Dans son écriture, il commence par dire que ce n'est pas un argument contre le principe de plaisir. Et c'est après la névrose de transfert qu'il revient sur les deux premiers exemples pour dire qu'il y a un au-delà du principe de plaisir dans le jeu de la bobine et dans la névrose traumatique. Il faut le lire vraiment mot à mot.

JRF : C'est pas clair ça.

FS : Ce n'est pas que ce n'est pas clair c'est que ça dépend de ce qu'on met, du moins chez Freud, sous le terme d'au-delà du principe de plaisir. Je dirais, mais il faudrait peut-être le préciser après, puisque ce qu'il appelle au-delà du principe de plaisir, c'est la répétition elle-même. C'est ça qu'il met au-delà.

JMJ : Oui mais la répétition de quelque chose du passé qui ne pouvait d'aucune manière amener du plaisir. Voilà ce qu'il dit.

FS : Oui mais évidemment cette trilogie parce qu'il y a une trilogie dans au-delà du principe de plaisir, j'appelle ça une sorte de trilogie, la névrose traumatique, le jeu de l'enfant et le transfert. Et justement, à mon avis, ce que Freud tente de montrer avec le jeu, c'est que l'enfant réussit là où le névrosé traumatique échoue et où le transfert peut aussi rencontrer l'échec. C'est-à-dire que le jeu met en évidence un mécanisme qui est au principe de la répétition.

JMJ : Oui

FS : D'ailleurs c'est pour ça quand Freud a écrit la première version du principe de plaisir parce qu'il y a tout de même deux versions qui ont été écrites. La première qui n'est pas directement accessible, mais elle existe, le titre était « Au-delà du principe de plaisir », mais il n'est pas question de pulsion de mort. Alors s'il n'est pas question de pulsion de mort, se pose la question qu'est-ce que Freud entendait dans au-delà du principe de plaisir dans la première version ? Et ce qu'il appelle au-delà du principe de plaisir c'est précisément l'automatisme de répétition. Et comme l'automatisme de répétition comme tel pose des problèmes, il invente cette histoire abracadabrante qu'est la pulsion de mort. Il spécule après. Il dit que les spéculations sont pour rendre compte de ce qui ne va pas, de pourquoi cet automatisme de répétition ne débouche pas, n'aboutit pas, sauf peut-être dans le jeu de l'enfant et, dans le jeu de l'enfant, il aboutit sur une créativité et la créativité, c'est celle du symbole.

JRF : Il y a un point qui est important dans ce que tu viens de dire, et l'on a un vrai problème, c'est la question de différencier nettement la question de la répétition tout court de la question de la compulsion de répétition. C'est quelque chose qu'il faudra absolument reprendre.

FS : C'est difficile à distinguer tout de même

JRF : C'est important dans un premier temps en regard du texte de Freud de justement le différencier. Parce que la répétition, l'on a l'impression que ça renvoie à un mécanisme carrément conscient ou préconscient. On n'est pas dans ça.

JMJ : Je vais tout de même dire à propos du désir. Quand on lit cette histoire de bobine, Freud décèle un désir, un désir de vengeance à l'encontre de cette mère qui souvent s'éloigne. L'enfant veut lui signifier qu'il peut se passer de sa présence. C'est une hypothèse qu'il fait, évidemment. Cette signification d'un dépit amoureux serait confirmée par des accès de colère où il s'écrit « va-t-en à la guerre ! » allusion au départ en guerre du père.

Mais Freud n'en reste pas là :

« Nous en venons (dit Freud) à nous demander si la poussée à élaborer psychiquement une expérience impressionnante et à assure pleinement son emprise sur elle peut se manifester de façon primaire et indépendamment du principe de plaisir »

Voilà la grande question. L'impressionnant, ce qui fait impression, est donc pensé en opposition au plaisir.

Ici déjà on peut se demander si la répétition n'est pas une tentative de faire trait, trace - c'est ma spéculation - entaille ou coupure dans un excès, excès de douleur ou excès de jouissance. Ce serait quelque chose comme une écriture destinée en guise de pare-excitation - idée freudienne - à lier, à donner lieu, locus, lettre, au signifiant en errance sous la forme d'une jouissance du sens, d'une « jouissance sémiotique » selon l'appellation de Lacan évoquée par Marcel Ritter la dernière fois, laquelle accompagne la jouissance d'être le phallus. Les deux jouissances vont ensemble dans Lacan. M. Safouan considère la pulsion de mort que Freud déniche dans la répétition comme « l'autre face » ou le « revers » de la jouissance phallique que le sujet retrouve dans « un mode d'être qui est en même temps une frustration permanente de l'être ». C'est-à-dire que c'est une façon d'être que de jouir phalliquement, mais c'est sans cesse une frustration puisque jamais on n'arrive à cet être. Mon idée est que davantage que l'autre face, la pulsion de mort est peut-être un essai pour mettre fin à cette frustration.

Freud ajoute que l'adulte opère un peu comme l'enfant à la bobine. Ça c'est intéressant aussi. J'essaie de tracer des ponts avec Lacan. Tout de suite après l'histoire de la bobine, il écrit :

« [ … ] dans la tragédie les impressions les plus douloureuses [ … ] peuvent [ … ] mener à un haut degré de jouissance »

Ici Freud emploie le terme de Genub, jouissance, mais il emploie le terme de Genub et en réalité il parle de plaisir. C'est un plaisir et non pas une jouissance parce que l'adulte ne cherche pas à répéter sans cesse la vision de cette même tragédie. Nous sommes ici dans le principe de plaisir. Pour ma part je rattache ce plaisir-là à l'angoisse pour en faire une autre barrière contre la jouissance, une barrière également évoquée par Lacan : la barrière du beau décrite à propos d'Antigone[23]. Donc on trouve aussi dans Freud dans l'« Au-delà… »[24] des choses qu'on trouve chez Lacan dans le séminaire sur l'éthique.

L'au-delà du principe de plaisir le plus patent, le plus au-delà, le plus originaire et le plus indépendant de lui, Freud le déniche dans la névrose de transfert de l'analysant lorsqu'il répète le refoulé au lieu de le remémorer. La compulsion de répétition analytique ramène des expériences du passé infantile qui ne comportent aucun plaisir, qui n'ont apporté jadis aucune satisfaction pulsionnelle, précise-t-il. La seule satisfaction, pourrions-nous ajouter, est la répétition elle-même.

Alors ça c'est étrange, parce que je l'ai lu un peu en allemand, Freud termine les chapitres II, III et IV de l'« Au-delà … » avec une même allusion à ce qui est le plus originaire, plus élémentaire, plus pulsionnel que le principe de plaisir. À trois reprises il utilise le terme d'ursprünglicher qui signifie le plus originaire. Quelque chose a précédé le principe de plaisir, est plus ancien que lui, en continuité avec lui et cependant séparé de lui. Ceci rappelle la difficulté que nous avons eu à penser la relation entre le plaisir et la jouissance dans notre séminaire sur la jouissance[25]. Il semble que chez Lacan la jouissance est la visée, le bout, l'aval du plaisir, alors que chez Freud la pulsion de mort est en-deça son origine, son début, son archè. Peut-être cela n'a-t-il pas d'importance et que l'erreur c'est de penser ça linéairement.

L'ursprünglicher, ce jaillissement de l'origine, si je prends ça étymologiquement, ce bond hors de l'archaïque rappellera à Jean-Richard l'Urteil qui l'a souvent préoccupé. Cet urteil, jugement dans le sens courant, part originaire selon l'étymologie est à entendre avec la signification très particulière qu'il a lors de son émergence dans l'« Esquisse »[26] de 1895. À noter que Freud s'y inspire d'un livre sur le jugement de Wilhelm Jerusalem que Ferdinand a traduit et travaillé.

JRF : D'ailleurs à ce propos le Ur, étymologiquement cet Ur de Urteil n'est pas l'origine. Ce n'est pas le même Ur. C'était J.-C. Schaetzel qui avait repris ça à partir de mon texte sur l'Urteil[27]

JMJ : À propos de cet Ur, mon frère qui était un éminent germaniste et qui avait aussi lu un peu Lacan disait l'Ur, c'est le grand Autre.

JRF : Ça ne complique pas du tout ! Mais ce n'est pas l'Ur de l'origine.

FS : C'est le Ur qui est une origine qui ne peut être exprimée et déterminée qu'en termes mythiques. C'est le Ur inlocalisable dans le temps et dans l'espace. C'est pour ça que « originaire », ce n'est pas le bon terme pour nous. Il faudrait dire « originelle » éventuellement parce qu'on peut dire « Je suis originaire de Strasbourg » par exemple, on sait où c'est, c'est pointé sur la carte, mais on ne dit jamais « Je suis originel de ». On retrouve même ça dans l'histoire du péché originel. Le péché originel c'est en fait une histoire qui n'est pas située ni dans le temps ni dans l'espace. On ne sait pas où ça se passe. Le Ur, c'est ce que Freud va ensuite saturer avec des histoires, le père de la horde, y compris la pulsion de mort. Parce que la pulsion de mort peut aussi être comprise sur ce versant-là.

… JRF : Tu te rappelles à l'époque j'avais proposé sur Urteil : ce qui fait la part de l'origine

JMJ : Justement cette part originaire évoque la Chose, Das Ding, notion énigmatique s'il en est, venue d'Aristote et dévoyée par Freud et par Lacan. La Chose est pour Lacan le lieu de la jouissance, d'où sont issus le symbolique et le réel - il le dira dans son commentaire de « La négation »[28] de 1925 de Freud. Elle est aussi le lieu du mal, chez Freud également bien qu'il ne le dise pas, puisqu'en tant qu'Ursprung la chose est au-delà du principe de plaisir donc au-delà du plaisir. Elle est là où ça fait mal. Lacan lui le dit nettement, c'est le lieu du mal, la Chose. Et moi je dis Ursprung étant la douleur, que c'est en filigrane chez Freud au-delà du principe de plaisir.

Freud en fait plutôt une fonction. Ça c'est encore intéressant. On fait plein de trouvailles quand on lit Freud. Je vous lis une phrase du chapitre IV de l'« Au-delà … » :

« Ils [ il s'agit des rêves traumatiques] nous ouvrent ainsi une perspective sur une fonction de l'appareil psychique qui, sans contredire le principe de plaisir, est pourtant indépendante de lui et semble plus originaire [ ou plus originelle] que la recherche du gain de plaisir et l'évitement du déplaisir »

Ce plus ancien, en continuité avec le plaisir et pourtant séparé, est comme un appel d'air pour un ruban de Möbius, pour une logique möbienne. J'y reviendrai un peu plus tard. C'est séparé, c'est pas la même chose et c'est pourtant en continuité.

Plus loin Freud entre dans des considérations métapsychologiques sur le fonctionnement de l'appareil psychique. Les excitations externes provenant des organes des sens sont atténuées par un système de pare-excitations situé dans ces organes. Ce sont des structures vivantes devenues anorganiques donc du vivant devenu mort qui protège une couche corticale située sous le pare-excitation. Notez la présence de cette mort protectrice contre la jouissance. Le trait de la répétition a la même fonction.

La couche corticale reçoit aussi des excitations de l'intérieur du corps. Celles-ci ne peuvent être amoindries. Dans l'« Esquisse » pourtant, ces excitations qui sont d'origine intercellulaire sont fabriquées de façon continue mais arrivent de manière discontinue dans le noyau sous-cortical, et ce grâce à différentes barrières de résistance disposées sur leur chemin. Ici, dans l'« Au-delà du principe de plaisir », il n'y a aucune protection pour atténuer ces pulsions qui parviennent cette fois-ci dans la couche corticale. La défense la plus utilisée contre elles est la projection. Freud écrit :

« De là une tendance à les traiter comme si elles n'agissaient pas de l'intérieur, mais bien de l'extérieur, pour pouvoir utiliser contre elles le moyen de défense du pare-excitation. Telle est l'origine de la projection qui joue un si grand rôle dans le déterminisme des processus pathologiques »

On pense évidemment à la phobie. La peur d'une bête féroce n'est que la peur d'une bête pulsionnelle intérieure, comme vous le savez.

Faute d'une défense par projection, l'excitation des pulsions internes est libre, mobile, et pousse à la décharge motrice. C'est pourquoi les gens de jouissance ont tendance à agir dans des acting-out ou des passages à l'acte. Une intervention tardive de la projection leur est cependant possible : ils peuvent être agis par l'angoisse comme par une bête incube qui s'emparerait d'eux et les empêcherait d'agir.

JRF : Mais qu'est-ce que tu penses de cette histoire de projection ? Parce qu'on n'a plus le droit tellement d'utiliser ce concept. C'est un concept qui a tellement été utilisé…

JMJ : Là il semblerait fondamental. C'est la grande défense dans l'« Au-delà … »

JRF : Parce que Lacan se positionnait beaucoup par rapport à cette idée de projection.

JMJ : Oui mais c'est une autre projection. Ce n'est pas le concept de, il me semble, Ferenczi

FS : Ce n'est pas la projection, c'est l'introjection.

JRF : Projection, ça a toute une histoire

Jmj : Est-ce qu'il n'y a pas une introjection sur la projection qui fait que la projection, on l'a un peu rejetée. C'est vrai qu'on ne l'utilise plus.

JRF : On n'avait pas le droit devant Lacan.

JMJ : En fait c'est freudien.

FS : Vous avez donné tout à l'heure l'exemple de la phobie, la phobie montre bien que la projection ce n'est pas simplement le fait de projeter sur un écran extérieur une bête intérieure, puisqu'il n'y a pas de bête à l'intérieur. La bête, elle est dehors. Alors je dirais justement que la projection - c'est pour ça que Lacan disait souvent que la projection est de l'ordre du symbolique - est une élaboration avec des moyens de l'extérieur de quelque chose qui vient de l'intérieur et qui reste obscur. Autrement dit la projection, ça permet d'user du langage pour organiser et donner forme à quelque chose par rapport à quoi ensuite on peut se défendre. C'est pour ça que si les enfants prennent des loups, ils n'ont jamais rencontré un loup dans les rues de Strasbourg. Par contre ils en ont rencontré plein dans les histoires qu'on leur raconte, dans les dessins qu'on leur fait etc. Donc c'est un loup qui n'est pas le loup de la forêt mais qui est un loup qui est le résultat d'une production culturelle. À mon avis il faut comprendre la projection comme ça. C'est-à-dire que la projection c'est une manière, plus ou moins réussie, de procéder à ce que Freud est en train de décrire dans la répétition. C'est-à-dire c'est en fait un mode d'élaboration d'une quantité interne. Et c'est ce que fait aussi l'enfant qui joue à la bobine. C'est une projection à l'extérieur qu'il fait. Il projette sur la bobine quelque chose qui est de l'ordre de l'interne et en même temps il crée. Il est créateur. D'ailleurs le phobique est créateur. À ce propos dans « Au-delà du principe de plaisir » c'est le seul endroit où Freud dit qu'il y a quelque chose de l'ordre d'un progrès auquel il ne croit pas par ailleurs. Il dit tout le temps que le progrès c'est du pipeau et dans les deux dernières phrases du chapitre III de l'« Au-delà du principe de plaisir » qu'il dit qu'il n'y a pas de pulsion vers le progrès sauf dans le mécanisme de la phobie. C'est hyper important parce que ça donne un autre sens : projection et élaboration, c'est exactement du même ordre. Et d'ailleurs d'autres auteurs comme Nietzsche disait qu'on ne peut finalement élaborer quelque chose de l'intérieur qu'en utilisant des choses de l'extérieur. On parle de soi en termes empruntés au-dehors.

JRF : C'est une projection toujours élaborative et c'est toujours une élaboration entre quelque chose d'interne et quelque chose d'externe.

FS : Dans ce qui est projeté, il y a quelque chose de plus que ce qui était à l'origine de la projection. Il n'y a pas quelque chose qui était à l'intérieur qu'on crache dehors, c'est une élaboration

JRF : Ce n'est pas purement optique. On se pose effectivement la question de quel objet il s'agit parce qu'on parlait du loup, le loup n'a rien à voir avec le loup comme signifié

FS : C'est ce que dira après Freud du président Schreber[29]. Quand il dit que le délire est un processus de guérison, c'est une création, il dit carrément que c'est une construction. Une construction qui marche plus ou moins bien, qui échoue mais qui utilise exactement le même mécanisme qu'un être entre guillemets « normal » utilise aussi. Peut-être que l'intellectuel l'utilise le plus.

JRF : Il utilise aussi le délire.

JMJ : En tout cas, c'est par ce biais-là que la pulsion endogène, donc mortelle en son essence, source de jouissance peut au-delà de l'angoisse ou au sein même de l'angoisse être liée aux signifiants des pulsions partielles entées sur les organes des sens. Et j'ajouterai : au fur et à mesure que la traversée du fantasme détache le sujet de l'objet considéré comme un réel perdu - parce qu'en réalité il n'a rien perdu du tout puisque c'est un effet de langage mais il met à la place un réel perdu, un objet perdu - et auquel son moi s'est identifié - puisqu'il y a une identification à l'objet petit a -, il peut toujours davantage, donc au fur et à mesure de l'analyse, disposer de l'ensemble du clavier des pulsions partielles désormais sans objet. Donc je relie pulsion de mort et ces pulsions partielles. C'est-à-dire que je pense que, dans la traversée du fantasme, la pulsion de mort a des sources d'évacuation plus importantes avec tout le clavier des pulsions partielles détachées de l'objet parce qu'en principe, au départ d'une analyse, on est attaché à un objet privilégié. Donc il peut toujours disposer davantage de ce clavier afin d'y relier abondamment les pulsions endogènes et plus originairement la pulsion de mort. Ce processus de vie élabore un moi qui s'avère avoir été imaginaire, dont ce sujet peut maintenant jouer de façon plus libre et variée, moins paranoïaque.

Alors l'idée d'une sorte d'échange entre les diverses pulsions partielles m'est venue en écoutant une analysante qui comme James Joyce ou Franz Kafka semblait ne pas disposer d'un moi consistant. Rien ne lui avait été dit sur elle-même, sur son corps, sur sa personnalité, sur son histoire, sur sa famille, à fortiori sur le ressenti de quiconque de cette famille. Cette évanescence dans l'identité avait produit un corps éprouvé comme fantomatique, d'autant plus que ni sa mère ni son père ne semblaient l'avoir touchée ou regardée pas plus qu'ils ne lui avaient parlé. Les murs des pièces, les façades le long des rues, les arbres sur la route, l'horizon, tout ce qui l'enveloppait constituait l'essentiel de son moi. Lorsqu'elle passait, et ça c'est fantastique, d'une pièce à l'autre, elle devait retirer ses divers arrimages visuels des points, des lignes et des angles de la pièce pour les replacer dans l'autre pièce tout comme une pieuvre qui aurait dû détacher ses multiples bras et les raccrocher. Le visuel avait remplacé le tactile. Lors des crises d'inconsistance aiguë, elle me téléphonait. Elle disait que le simple son de ma voix, indépendamment de son contenu, redonnait une forme à son corps ainsi que l'aurait fait le toucher. Le vocal remplaçait le tactile tout comme le visuel.

Il m'est venu l'idée qu'une telle vicariance pouvait fonctionner avec tous les organes des sens, et par conséquent avec toutes les pulsions partielles, puisqu'il n'y avait nul attachement à un objet réel, à partir d'un certain stade. Les pulsions partielles redonnaient vie à l'analysante grâce à leurs échanges possibles et cela la délivrait de l'obsession d'en finir avec la vie, parce qu'il y avait aussi chez elle une pulsion de mort à l'œuvre. Elle était pathologiquement au-delà du fantasme et au-delà du moi. Ce n'est pas seulement les gens qui ont fait une longue analyse qui sont au-delà du moi. Un James Joyce était au-delà du moi sans analyse. Et ma tâche était de la réconcilier avec la vie au moyen d'une parole subjectivante tenant compte de sa structure quasiment extraterrestre. (Maintenant je tricote les pulsions) Les pulsions partielles devaient advenir comme pulsions du moi. C'était une façon de sexualiser son moi, de le narcissiser car, ne l'oublions pas, les pulsions partielles sont les seules qui jouent dans la relation à l'autre sexe. La relation à l'autre sexe passe par les pulsions partielles. Nous pouvons donc répondre à Freud et dire que les incompatibilités entre les différentes exigences pulsionnelles peuvent quelquefois être levées et que celle entre l'ensemble de ces pulsions partielles et le moi peut se dissoudre à la mesure de la dissolution du moi. C'est une proposition de ma part.

Il y a un processus qui accompagne tout cela : ce que Freud appelle la liaison (Bindung qui veut aussi dire nouage). Il ne fonctionne théoriquement qu'avec les excitations exogènes, mais comme les endogènes peuvent être traitées comme exogènes par projection, cette clause restrictive peut être contournée. Freud écrit que :

« Un système, s'il est lui-même fortement investi, est capable d'admettre un afflux supplémentaire d'énergie, de la transformer en investissement quiescent, c'est-à-dire de la lier psychiquement. Plus son propre investissement quiescent est élevé, plus forte doit être aussi sa capacité de liaison »

Le surinvestissement des systèmes récepteurs dans l'attente de l'angoisse fait partie de ce processus de liaison. La douleur physique opère de la même façon. Tout échec de la liaison provoque une perturbation analogue à la névrose traumatique avec sa compulsion de répétition démoniaque, sa recherche inflexible d'une identité d'impression, son opposition au principe de plaisir. Cela ça concerne toutes les névroses. On peut proposer l'écriture comme moyen de liaison. La répétition cherche le trait de la similitude comme je l'ai dit tout à l'heure. C'est la recherche désespérée d'une écriture. Et le pulsionnel est pour moi le support de l'inscriptible, le scripturable. C'est pour cela que l'interprétation littérante qui fait ressortir un jeu de lettres dissout la jouissance, arrête la répétition infernale. Plus borroméennement elle sépare au maximum les trois ronds de l'imaginaire, du réel et du symbolique, ce qui fait disparaître ou qui rétrécit la jouissance phallique de l'être, la jouissance sémiotique du sens et le plus-de-jouir conféré à l'objet petit a. Quant à la jouissance de l'Autre, elle s'y évanouit sans doute aussi. Telle est la perspective lacanienne de la liaison-nouage. Elle n'est évidemment applicable qu'avec un sujet qui reste sur le divan malgré sa tendance à agir la jouissance.

FS : À agir la jouissance parce que là il est en position d'acteur, ou être agi par elle ? Est-ce jouir ou être joui par ?

JMJ : Je pense qu'il est joui par la jouissance. La jouissance jouit de lui.

JRF : On va tomber sur la jouissance absolue… Encore un petit effort.

JMJ : Il est temps d'aborder la grande question de Freud située au milieu de l'« Au-delà… »

« Mais quelle est la nature du lien entre le pulsionnel, das Triebhafte, et la contrainte à répéter, Zwang zur Wiederholung ? »

Freud pressent qu'il est sur la piste d'un caractère général des pulsions et peut-être de toute vie organique. Il dit :

« Une pulsion pourrait être une poussée, Drang, inhérente à l'organisme vivant vers le rétablissement d'un état antérieur, früheren. »

Le vivant possèderait donc un principe d'inertie très particulier, une sorte d'élasticité historique qui retourne au départ à travers tous les détails. C'est aussi étrange que la présence de tout l'infantile au cœur de la parole du sujet, c'est un surinfantile métabiologique.

Je veux dire que ce fait qu'il y a une inertie qui ramène, qui reparte par tous les chemins jusqu'à l'origine, cela va même au-delà du biologique, c'est aussi étrange que la présence de l'infantile au cœur de la parole du sujet, tout l'infantile qui est en nous, tout notre infantile. Donc je dis que c'est un surinfantile métabiologique. Jusque-là Freud concevait la pulsion comme une poussée vers l'avant. Maintenant elle devient résistance au changement, l'expression de la nature conservatrice du vivant. Cette pulsion rétrograde n'est qu'accessoirement pulsion de mort. Elle n'est tendance au retour vers la mort que parce que la non-vie est sur son chemin dans le moment de l'apparition de la vie, à l'instant où on passe de l'inanimé à l'animé. Elle ne vise pas précisément la mort, elle vise tout ce qui est avant, tout le passé.

C'est une pulsion rétrohistorique où chaque point de l'histoire va se revisiter et ce jusqu'à la moindre contingence. Freud écrit certes que le but, Ziel, de toute vie est la mort, - il est gonflé de dire ça -, mais en réalité chaque point de ce qui a été parcouru fait partie de sa visée. Le vivant a abandonné un état d'avant la vie qu'il aspire à retrouver. Freud raccorde cette tendance au monde physique prébiotique : tout ce qui a lieu dans l'évolution du monde advient contre un maintien en l'état. On pourrait dire avec le philosophe que toute chose ne voulait rien d'autre que persévérer dans son être sans aucun changement, se répétant elle-même, immobile en elle-même à jamais. Nous ne sommes pas loin de la négation du mouvement et de l'être immarcescible des éléates - je l'ai lu à propos de Ségolène Royal, cela veut dire inflétrissable, inaccessible. Freud a dit que c'est l'intériorité de l'organisme qui crée les pulsions. N'est-ce pas cela même qui fait l'être en tant qu'être ? Le fait qu'il y a quelque chose qui enveloppe et qui crée une intériorité. Et en deçà de l'être la jouissance de l'être ? Ce concept évoqué par Lacan peut s'entendre comme une extrapolation de la persévérance de l'être en lui-même. Tout ce qui arrive dérange cet être. La vie elle-même est une perturbation et tous les détails de son histoire.

Trois phrases de Freud vous convaincront :

« S'il est vrai que toutes les pulsions organiques sont conservatrices, acquises historiquement, dirigées vers la régression et le rétablissement de quelque chose d'antérieur, il nous faut alors mettre les résultats effectifs du développement organique au compte d'influences extérieures qui le perturbent et le détournent de son but. L'être vivant élémentaire n'aurait, dès son origine, pas voulu changer [j'ajouterai : pas voulu naître] et, si les conditions étaient restées les mêmes, le cours de sa vie n'aurait fait que se répéter, toujours le même. Mais ce qui laisse, en dernière analyse, sa marque sur le développement des organismes, devrait être l'histoire du développement de la terre et de sa relation au soleil. »

Freud radicalise Darwin, et vous savez sans doute qu'il a mis la phase de latence sexuelle en relation avec la glaciation vécue par les humains. Tout s'inscrit et la pulsion est comme le parchemin (en un ou en deux mots) sur lequel ce tout est inscrit.

La répétition à laquelle nous avons affaire dans la névrose de transfert reprend les détails de l'histoire des désirs du sujet. Freud insiste tout le temps sur la présence de l'histoire dans la pulsion vers la régression ou la résorption. Lacan soulignera également cet aspect de la pulsion dans le chapitre qu'il y consacre dans le séminaire sur « L'éthique »[30]. Ferdinand Scherrer aussi parle de l'histoire. Freud l'illustre au moyen de la biologie en reprenant le célèbre axiome embryologique de Haeckel : l'ontogenèse répète la phylogenèse.

Dans « Fonction et champ de la parole et du langage »[31] de 1953 Lacan a beaucoup insisté sur l'aspect temporel et historisant de la parole. Pour lui l'analyse est le réveil du dialogue enfoui sous une apparente ontologie. Il désontologise en historisant. Pour lui aussi le pulsionnel est un lieu où tout s'inscrit. Je le cite :

« Les évènements s'engendrent dans une historisation primaire. Autrement dit, l'histoire se fait déjà sur la scène où on la jouera une fois écrite, au for interne comme au for extérieur »

L'histoire préinscrite dans la pulsion vise son écriture parce qu'elle est déjà de part en part effet de parole. Le Es, le ça de Freud, lieu des pulsions, est pour lui l'héritage des ancêtres. C'est le legs qui vient de legein, parler, lui-même issu de logos. À propos de la pulsion Lacan écrit :

« Ainsi toute fixation à un prétendu stade instinctuel est avant tout stigmate historique : page de honte qu'on oublie ou qu'on annule ou page de gloire qui oblige… les stades instinctuels sont déjà, quand ils sont vécus organisés en subjectivité »

Ce n'est que la reprise de cette histoire dans une parole actualisante qui constitue « l'historisation secondaire ». C'est dans l'analyse que « l'étant marque la convergence des ayant été » selon sa jolie formule.

Pour saisir l'historicité de la pulsion de mort, Lacan injecte certaines idées d'Heidegger :

« L'instinct de mort exprime essentiellement la limite de la fonction historique du sujet. Cette limite est la mort, non pas comme échéance éventuelle de la vie de l'individu, ni comme certitude empirique du sujet, mais selon la formule qu' »en donne Heidegger, comme "Possibilité absolument propre, inconditionnelle, indépassable, certaine et comme telle indéterminée du sujet", entendons-le du sujet défini par son historicité. En effet, cette limite est à chaque instant présente en ce que cette histoire a d'achevé. Elle représente le passé sous sa forme réelle, c'est-à-dire non pas le passé physique dont l'existence est abolie, ni le passé épique tel qu'il s'est parfait dans l'œuvre de mémoire, ni le passé historique où l'homme trouve le garant de son avenir, mais le passé qui se manifeste renversé dans la répétition »

Il n'est donc passé que de se répéter. Il ne devient un fait qu'en vertu d'une seconde occurrence conditionnant la première. A n'est A qu'à partir de B. Cette mathématique originale est celle du signifiant que Lacan a d'ailleurs essayé d'extraire de la logique de Frege.

JRF : Le masochisme pour la prochaine fois, comme ça on peut discuter un peu.

Pierre Jamet : À propos de la projection, il dit que c'est le mécanisme de défense de la paranoïa. Freud en parle au début des mécanismes de défense de la paranoïa et il le contre balance aussi avec l'introjection, ce qui est incorporé et ce qui est projeté à l'extérieur. C'est aussi la limite entre le moi plaisir et le moi déplaisir. Ce qui est mauvais, faut le mettre à l'extérieur, ce qui est bon il faut le mettre à l'intérieur. C'est toute l'histoire de l'objet externe et de l'objet interne et en fait ce qui a fait évoluer cette notion et ce pourquoi Lacan ne l'utilise pratiquement plus, c'est la bande de Möbius où l'interne et l'externe sont situés sur cette surface

JMJ : Et aussi le mauvais qui est rejeté est le réel

PJ : Absolument

Cathie Neunreuther : Ça me vient juste comme ça à propos de ce que tu dis, dans la paranoïa ce qui est projeté comme mauvais, c'est toujours plus ou moins « personnalisé ». C'est ça la différence avec la phobie qui choisit des bêtes féroces ou d'autres choses des situations. Ce n'est justement pas quelque chose à quoi l'on donne un contour imaginaire.

PJ : Chez le phobique ça revient sous forme d'angoisse, mais, chez le paranoïaque, ça revient sous forme de persécution

CN : Il y a un petit pont par rapport au cynisme des intellectuels, ça m'a beaucoup plu. J'ai fait le pont avec la Schadenfreude dont on a parlé

JMJ : Il y a sûrement un lien.

CN : L'abolition de toute signifiance chez certains grands intellectuels, chez les autres. Ils cassent

JMJ : Les intellectuels, ils cassent le réel, ils cassent le vivant, ils cassent les métaphores pour en faire des concepts

JRF : En tout cas merci Jean-Marie. Tu reviendrais à l'occasion ?

JMJ : Pas de problème



[1] JRF

[2] JMJ

[3] FS

[4] Lacan J., 1959-1960, L'éthique de la psychanalyse, Le séminaire, Livre VII, Seuil, 1986.

[5] Jadin J.-M., « Ding », Poinçon N°1 et N°II, Bulletins de liaison, 1981 et 1982

[6][6] Dreyfuss J.-P., Jadin J.-M., Ritter M., Qu'est-ce que l'inconscient ? Un parcours freudien, Arcanes, 1996.

[6] Dreyfuss J.-P., Jadin J.-M., Ritter M., Qu'est-ce que l'inconscient ?2 L'inconscient structuré comme un langage, Arcanes, 1999.

[6] Dreyfuss J.-P., Jadin J.-M., Ritter M., Écritures de l'inconscient. De la lettre à la topologie, Arcanes, 2001.

[7] Jadin J.-M., Ritter M. (sous la dir.), La jouissance au fil de l'enseignement de Lacan, érès, 2009.

[8] Jadin J.-M., Côté divan, côté fauteuil. Le psychanalyste à l'œuvre, Albin Michel, 2003.

[9] Jadin J.-M., Toutes les folies ne sont que des messages, Arcanes-érès, 2005.

[10] Israël L., La pulsion de mort, Nouvelle édition, Arcanes érès, 2007.

[11] Lacan J., « Le crime des sœurs Papin », Le Minautore, 1933.

[12] Lacan J. De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, Seuil, 1975.

[13] Freud S., 1920, « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1971.

[14] Israël L., La pulsion de mort, Nouvelle édition, Arcanes érès, 2007.

[15] Jadin J.-M., Ritter M. (sous la dir.), La jouissance au fil de l'enseignement de Lacan, érès, 2009.

[16] Lacan J., 1945, « Le temps logique et l'assertion de certitude anticipée », Ecrits, Seuil, 1966.

[17] Freud S., 1920, « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1971.

[18] Freud S., 1932, « Angoisse et vie pulsionnelle », Les nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Gallimard poche, 1989.

[19] Freud S., 1920, « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1971.

[20] Freud S., 1920, « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1971.

[21] Safouan M., Dix conférences sur la psychanalyse, Fayard 2001.

[22] Freud S., 1920, « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1971.

[23] Lacan J., 1959-1960, L'éthique de la psychanalyse, Le séminaire, Livre VII, Seuil, 1986.

[24] Freud S., 1920, « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, 1971.

[25] Jadin J.-M., Ritter M. (sous la dir.), La jouissance au fil de l'enseignement de Lacan, érès, 2009.

[26] Freud S., 1895, «Esquisse d'une psychologie scientifique », (Entwurf einerPsychologie), La naissance de la psychanalyse, PUF, 1973..

[27] Freymann J.-R., « Urteil et fantasme », Les fins de psychanalyse, Bulletin de la convention psychanalytique juin 1986, inédit.

Freymann J.-R., « Zurücksetzung et Urteil ou du fantasme à la séparation », Les parures de l'oralité, 1° éd,. 1992, 2° éd,. Arcanes, 1994.

[28] Freud S., 1925, « La négation » in Œuvres complètes, t. XVII, PUF, 1988.

[29] Freud S., 1911, « Le Président Schreber », Cinq psychanalyses, PUF, 1e édition 1954.

[30] Lacan J., 1959-1960, L'éthique de la psychanalyse, Le séminaire, Livre VII, Seuil, 1986.

[31] Lacan J., 1953, « Fonction et champ de la parole en psychanalyse », Ecrits, Seuil, 1966.